jeudi 2 juillet 2009

Rencontre avec Maika au bord de la rivière Sumida


Maika. Une japonaise au visage plein, portant un petit chapeau, aimable, bien entendu…On rigole un peu de nos soucis de communication, son anglais étant des plus limités et mon japonais tout autant.

Soulagement quand surgit Sophie, franco japonaise qui va nous servir d’interprète, et Louise, son amie.
Le temps est lourd, le ciel gris, l’atmosphère humide, tropicale. Chaleur moite. Nous n’avons pas pu nous doucher depuis la veille en France, et je m’inquiètes d’imposer à Maika mon « odeur corporelle occidentale » qui parait il indispose les Japonais.

La rencontre se passe bien. Camille et moi posons à tour de rôle les questions, Sophie traduit après quelques instants d réflexion. Les réponses de Maika sont longues, riches et vivantes, et je regrette amèrement de ne pas mieux comprendre le japonais. La traduction de Sophie est synthétique et complète, mais c’est dommage de perdre le côté vivant, personnel de l’interview. Ca me fait très étrange d’être la spectatrice de l’échange entre Maika et Sophie, que Maika regarde Sophie quand elle répond, même si c’est bien normal.

Même si je sais que l’on va bien galérer, j’ai hâte de tenter les interviews en japonais. Et pour ça, je dois progresser, le plus vite possible!!
Chaque expression que je pourrais apprendre m’ouvre de plus grandes possibilités de communication. Je n’ai pas le choix, donc je vais vite m’améliorer… Il le faut! C’est pour ça que j’adore voyager: cette nécessité d’adaptation.

Maika nous a offert des CD de musiques, de contes ainu et de ses anciens spectacles. Notre propre omiage (les petits cadeaux qu’on offre quand on rencontre quelqu’un), une petite boite à musique, me semble bien futile face aux services qu’elle nous rend. Elle nous propose d’aller dans la préfecture de Chiba pour rencontrer un ainu avec qui nous essayerons le mode de vie de ce peuple. Génial! Il y a aussi un resto ainu à Tokyo dont on a récupéré l’adresse, et trois endroits nouveaux à Hokkaido pour faire nos recherches.

Mais qui est donc Maika? Elle écrit et joue un spectacle sur la personne qui a transcris en japonais la langue ainu et mis par écrit leur culture orale. Cette jeune fille exceptionnelle vivait au XIXème siècle et est morte à 19 ans. C’est donc d’abord son admiration pour cette figure d’écrivaine qui a poussé Maika à s’intéresser au peuple ainu. Leur cause étant l’une des plus grandes convictions de sa muse, elle s’est documentée à leur sujet puis est partie à leur rencontre à travers Hokkaido. Le contact n’a pas toujours été facile: elle-même consciente de la spoliation que les japonais firent subir aux Ainu, c’est avec une certaine culpabilité qu’elle s’st confrontée à leur méfiance. Pourquoi une japonaise s’intéresse-t-elle à eux? Est-ce à elle de défendre leur culture? Ne va-t-elle pas la changer en simple divertissement folklorique? Inquiétudes compréhensibles auxquelles nous risquons également d’être confrontées…

Si les japonais n’apprennent pas à connaitre et reconnaître la culture ainu, nous dit Maika, celle-ci n’a aucune chance de perdurer.
Aujourd’hui les Ainu vivent de la même façon que les japonais, et se réunissent de temps à autre pour maintenir une pratique de leurs coutumes: ils réapprennent leur langue, leurs chants et leurs danses…

Son expérience la plus forte a été une chasse au cerf, la même que les Ainu pratiquaient il y a des siècles, à l’arc. L’animal est tué, dépecé et mangé sur place, selon le rite. C’est une forme de partage qui a constitué pour elle une prise de conscience de la dépendance entre homme et nature. L’animisme, la croyance qu’il y a une dieu (kami pour les Japonais, kamui pour les Ainu) en chaque chose, se perd à chaque génération.

« Ma grand-mère me disais qu’il y a un kami dans chaque grain de riz, c’est pourquoi il ne faut pas en laisser un seul au fond du bol! »
De la même façon, la croyance en l’esprit du feu, très importante dans la culture ainu, poussais les grands-mères Ainu à adresser une prière au kamui du feu à chaque fois qu’elles allumaient le gaz!
Ces pratiques quotidienne n’ont plus guère lieu aujourd’hui, dans l’un ou l’autre de ces deux peuples. C’est à Hokkaido et Okinawa que l’animisme demeure le plus pratiqué.

Maika trouve cette régression regrettable, car une telle croyance permet d’accorder importance et attention à toute chose, même les plus simples et les plus humbles.
Sa démarche artistique vise sensibiliser les japonais à leur propre histoire, celle qu’ils n’apprennent pas dans les manuels scolaires, que ce soient les premiers écrits shintoïstes sur la création du monde par les dieux ou la colonisation et l’assimilation forcée du peuple ainu.


La discrimination a beaucoup diminué mais demeure une réalité dans les lieux habités par les Ainu.
Il y a quelques années, un CV montrant que la personne était Ainu n’avait quasiment aucune chance de donner accès à un travail. Les parents disent toujours à leurs enfants de ne pas jouer avec leurs camarades Ainu.
Mais ce qui prévaut et menace vraiment la culture ainu n’est pas le racisme: c’est l’ignorance. La plupart des jeunes japonais ne savent rien des Ainu, et ceux qui savent pensent qu’ils ont disparus. Nous avons pu le vérifier en discutant avec Nobu et Chiaki, nos amis japonais expatriés en France, avant notre départ. Nobu est originaire d’Hokkaido, et pourtant ils croyait que les Ainu n’existaient plus…

Derrière ce désintérêt, il y a forcément une certaine volonté politique: les Ainu sont à peine mentionnés dans les manuels scolaires, et cela fait juste un an qu’ils sont reconnus comme un des peuples originaire du Japon. Auparavant, on les considérait comme des immigrés, niant toute réalité historique.

Les japonais ont commis des exactions et n’ont pas l’intention de s’excuser, donc il vaut mieux que cette page peu glorieuse de l’histoire reste dans l’ombre, et que les Ainu s’éteignent en silence.
Même attitude que pour les massacres commis en Chine au cours de sa colonisation (notamment Nankin). Le Japon souffre manifestement de troubles de la mémoire dès qu’il est responsable du malheur des autres… Apprend-il de ses erreurs passées?


Le 1er juillet,
Chloé

L'arrivée dans la brume tokyoïte

Mardi 30, dans l’avion vers Narita,








Mais qui parmi les touristes de l'aeroport d'Heathrow va acheter ce genre d'articles...? Dans la foule compacte, il doit bien y en avoir un qui aime les boutons de manchette arc-en-ciel.



Nous rentrons dans le Boeing, après de longues heures d’attente dans le gigantesque aéroport d’Heathrow. Depuis l’embarquement les têtes de type asiatique se sont multipliées. Nous sommes assises à côté d’une petite dame japonaise. Les petits gadgets des avions me font toujours beaucoup rire: une petite couverture, des écouteurs qui rendent l’âme à la fin du vol, un coussin plat, une micro-brosse à dent. Pendant que Chloé décide de faire une petite visite des toilettes, je découvre avec un ravissement partagé par ma voisine que nos « paquets surprise » contiennent aussi de belles paires de chaussettes bleues. « They like it » me dit ma voisine avec un grand sourire en me montrant ses pieds. J’en profite pour lui glisser qu’elle ne doit pas hésiter à nous dire si on la dérange en faisant trop de bruit. Elle me regarde perplexe, et après un moment de réflexion elle m’explique que sa fille est sœur du silence. Autre regard perplexe venant de moi cette fois-ci… Et bien ça donne le ton pour les prochaines conversations ! Nous regardons défiler les heures sur mon petit réveil, et sur l’écran de télévision qui décompte le temps qu’il nous reste de vol. Plus que huit heure de sommeil, sept..six… Nous dormons mal, et je m’éveille au moindre mouvement d’une de mes deux voisines. Vers 3h du matin, je baisse les bras et me réveille pour de bon. Je regarde la seule comédie sous-titrée en anglais que je trouve, un peu niaise, mais divertissante. C’est drôle, l’intrigue (si on peut parler d’intrigue…) se déroule dans l’aéroport d’Heathrow que nous venons de quitter. Je révise un peu mes hiragana (le premier des alphabets japonais), je fait réviser Chloé. Les heures se traînent. Au repas du soir, nous avons le choix entre deux menus, anglais, ou japonais. Avec ferveur et enthousiasme nous commandons le repas japonais. Un coup d’œil à la voisine: anglais. Nous réalisons que les arrêts de métro risquent d’être écrit en kanji (l’alphabet que nous ne pouvons pas lire ,car il existe des millions d’idéogrammes). Je prend mon courage à deux mains (ainsi que mon guide de conversation) , avec un phrase des plus simple et maintes courbettes, je demande à notre voisine si elle peut nous écrire en Kanji le nom de la première ligne de métro que nous devons emprunter, la Keisei-Line. Elle griffonne gentiment sur mon cahier quelques kanji, que j’observe de près: je n’ai jamais vu ces symboles, j’espère qu’on les reconnaitra tout à l’heure. Hésitante, la petite dame japonaise demande confirmation à sa voisine, et mon cahier passe alors de mains en mains. La deuxième voisine écrit alors d’autres kanji, différents des premiers: un même lieu peut être écrit avec plusieurs kanji. Je remercie trois fois chacune d’elle, remerciements qu’elles écarte d’un mouvement d’épaule et d’un grand sourire. Chloé leur offre quelques petits gâteaux de chez carrefour , qu’elles accueillent comme des ômyage. Ce premier contact nous met du baume au cœur, la descente commence maintenant, Chloé est frigorifiée. Nos deux voisines, qui n’avaient parlé à personne avant notre intervention rigolent maintenant comme des bossus. Nous traversons des couches et des couches de nuages et j'attends le moment où le sol apparaîtra. Soudain un grand bruit, nous sommes secouées. Alors que nous ne l’attendions plus, nous avons atterri.

Camille

dimanche 28 juin 2009

Promenons nous dans Tokyo...

Je trouvais déjà que le plan du métro avait l'air compliqué....

Mais depuis j'ai trouvé le plan du réseau ferroviaire...

Ah ah ah....

samedi 27 juin 2009

Derniers préparatifs

       Les assurances, la batterie de l'appareil photo, du doliprane, la carte de crédit, le passeport, la mutuelle, une lampe de poche, 10 culottes, un chapeau, les traveller chèques, les réservations... Je repasse tout dans ma tête depuis une semaine. Est-ce que j'oublie quelque chose ? J'espère que non. Amen à tout les gens qui m'ont aidé à penser aux choses anodines ici, mais qui deviennent indispensables là-bas. 

Nous avons aussi fait provision de nombreux “miyage” dans les boutiques souvenirs du Vieux Lyon. Les “miyage”, ce sont les petits cadeaux que l'on s'échange au Japon. Il est normal d'offrir aux personnes de son entourage deux miyage par an. A son patron, à ses voisins, à ses collègues de bureau, à sa famille, quand on commence un nouveau travail, quand on rencontre des gens, il est recommandé d'offrir un miyage. Cette pratique est entourée de certaines règles de politesse, qui nous semble bien obscures, à nous les européens. On ne doit jamais offrir un miyage contenant des objets en nombre pair, ou pire encore un miyage contenant 4 objets, “quatre” en japonais se prononçant “shi” qui est un synonyme du mot “mort”. La personne qui reçoit le miyage ne l'ouvre pas immédiatement, mais le garde pour plus tard, quand la personne qui l'a offerte est partie. Nous avons donc battu le pavé de la rue Saint Jean pour trouver des miyage “français”. Et c'est là que l'on s’est rendu compte que toutes les petites boutiques de souvenirs locaux étaient tenues par des étrangers. Paradoxal quand on y pense non?

J'essaye de ne pas trop penser aux semaines qui arrivent. Même si je les attends depuis maintenant un an, je ne veux pas trop me projeter. On avancera jours par jours, semaines par semaines. Il ne sert à rien de s'effrayer par avance des obstacles qui nous attendent. Est-ce qu'en revenant je regarderais les rues de Lyon différemment ? Le fait de partir crée déjà en moi une certaines tendresse pour ces places, ces immeubles, et ces lyonnais qui font partie de mon quotidien. 

On a déjà un semblant de programme pour les jours qui nous attendent: Nous partons lundi matin, à 8h15 de l'aéroport Saint Exupéry. Une heure plus tard nous sommes à Londres. Nous avons une longue attente avant le prochain avion (et oui, nous connaissant, il valait mieux compter large, histoire qu'on se perde un peu). Vers 13h nous nous envolons vers le Japon. Va-t-on manger japonais ou anglais à bord ? A moins que ce ne soit l'inimitable bouffe d'avion, dont l'origine est inconnue et le contenu douteux. Le lendemain à 9h10, nous atterrissons (insh'allah) à l'aéroport de Narita.  

J'ai eu quelques petits problèmes avec la notion de décalage horaire. J'étais convaincue qu'on partait lundi, et qu'on arrivait...lundi. Mais oui voyons avec le décalage horaire...+ 8h, - 2h, en partant de Greenwich que l'on multiplie par le Tropique du Cancer... non vraiment ? Bref, la conséquence est que nous n'aurons pas une minute pour souffler le premier jour. Donc comme je l'ai dis nous arrivons à 9h10 à Narita, à 11h nous devons être à l'auberge de jeunesse pour s'enregistrer, et à 14h30 nous démarrons notre premier interview, en compagnie de Maika, une amie d'amie, d'amie, d'amie, de la sœur du grand père d'une amie, et de Sophie et Louise des voyageuses et interprètes de passage qui par un heureux hasard sont à Tokyo et à Kyoto en même temps que nous. Nous parlerons des Ainu, puisque Maika écrit en ce moment une pièce sur la première femme Ainu qui a transcrit leur langue en japonais. 

J'avais programmé une rencontre avec un étudiant lyonnais qui bosse à Tokyo, avec qui j'avais pris contact par l'intermédiaire de son blog (http://nicdumz.blogspot.com/). Le “hic”, c'est que je l'avais programmé le lundi soir...je vous ai dit il y a vraiment un truc qui tourne pas rond entre moi et le décalage horaire... Donc pour l'instant, c'est entre parenthèse. Le lendemain soir, nous rencontrons Yuka et Akiko, d'autres amies, pour discuter des droits des femmes au Japon. 

Voila pour les jours qui viennent. Allez, le départ n'est plus très loin maintenant...

Camille

mardi 16 juin 2009

Le projet

Bonjour à tous et à toutes,

Voici donc le premier article de notre petit carnet de bord du Japon. Le départ est imminent et nous sommes dans nos derniers préparatifs avant le 29 juin. Pour
ressituer un peu notre projet, voici ce que nous aimerions réaliser pendant notre
escapade de six semaines :

Nous ferons principalement des reportages, que nous publierons sur le
site de l’œil d’Hermès ( une association de jeunes reporters dont nous sommes membres: http://www.oeil-hermes.fr/ ) en septembre sur trois thèmes : La place de la femme dans la société japonaise, la place de l’adolescent, et enfin les Ainu. Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas les Ainus (rassurez vous c’est normal, la plupart des Japonais eux-même n’en ont pas connaissance (ou les pensent disparus)), c’est le premier peuple à avoir vécu sur Hokkaido, la grande île au Nord du Japon. C’est un peuple pacifiste, qui vit très proche de la nature. Il pratique une religion animiste (croyance selon laquelle toute chose, y compris les objets et les éléments de la nature, comme les pierres, le vent, les animaux seraient dotés d’âmes ou d’esprits). Jusqu’au 19ème siècle leur manière de vivre, en marge de la société japonaise moderne dans différentes tribus, n’a pratiquement pas changé. Ils sont connus pour leurs danses ainsi que leur artisanat, avec les nombreux motifs dont ils ornent leurs outils et leurs vêtements. Aujourd’hui très peu ne sont pas métissés. Ils ont connu, et connaissent encore la ségrégation et le racisme des japonais. Nous avons entrepris ce voyage afin de voir par nous même comment vivent ces descendants des Ainus. Comment préservent-ils leur culture ? Quelles sont leurs conditions de vie actuelles ? Conservent-ils un mode de vie traditionnel ? Pour plus d’informations (dans l'attente de nos propres articles) sur la culture ainu, je vous renvoie à l’article de Wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/A%C3%AFnous_(ethnie_du_Japon)

Nous allons aussi réaliser un carnet de voyage. Chloé, qui est à l’école EmileCohl (école d’art appliqué de Lyon) se chargera des aquarelles et des croquis. De mon côté, j’ai repris quelques cours de photo et fait pas mal de shoot pour me remettre dans le bain. Après le retour nous allons faire plusieurs interventions auprès des établissements scolaires ou de formation de la région rhône-alpes, et de nos parrains privés. Nous alimenterons ce blog-carnet de bord une fois par semaine si tout se passe bien, en mettant en ligne des textes et des photos.

Nous savons d'ors et déjà où passer la première nuit à Tokyo. Nous avons trouvé une auberge de jeunesse pas trop chère dans le quartier de Asakusa qui longe la rivière Sumida , et se situe à environ à 1h de l’aéroport de Narita. C’est un quartier assez populaire, où l’on trouve plein de petites échoppes, et qui est plutôt connu pour le matériel de cuisine, entre autre les faux aliments en résine ! Voilà pour le premier article, le prochain sera peut-être Made in Japan !

Camille