mardi 14 juillet 2009

L'écho des bombes

Comme tout le monde j'ai entendu parler de la deuxième guerre mondiale. Par les livres d'histoire, par les romans, par les films et les documentaires, par les récits de proches. Pourtant, pourtant... j'ai le sentiment de ne rien en savoir. Nous avons été nourris dès l'enfance aux histoires héroïques des résistants, puis plus tard on nous a expliqué ce qu'avait été l'horreur indescriptible des camps. Ce n'est qu'au lycée que j'ai vraiment compris que la guerre n'avait pas seulement opposé la France et de nombreux anonymes.

Pourtant... ce sentiment qui nous prend aux tripes, qui nous a fait chavirer le coeur lorsque l'on découvre pour la première fois en image les charniers, et les os et la chair. Ce sentiment, je ne l'ai ressenti depuis qu'en de très rares occasions. Je peux me révolter lorsqu'on j'entend ce qui se passe dans le reste du monde, je peux se sentir honteuse, désespérée, hors de moi, mais le sentiment lié à la seconde guerre mondiale en France et en Europe pour moi est unique.


Et pourtant.


Pourtant, je découvre ici une autre facette de cette guerre. Nous n'avons pas l'habitude d'entendre parler de l'expérience de la guerre chez les opposants, hormis l'Allemagne. Cette guerre n'a pas seulement été la guerre des juifs. J'avais beau le savoir, connaître les faits, je n'avais encore jamais été directement confronté à eux. Il est si facile de se contenter de savoir.


Dans les loges, maquillage

Lors de nos premiers jours à Tokyo, Mizuki-san nous a invité a assister à la pièce dans laquelle elle joue en ce moment. Cette pièce s'intitule littéralement en français « Le club tokyoïte de la bombe A. ». Peu avant le levé de rideau Mizuki-san nous a fait traverser les coulisses, plongées dans la pénombre, et nous a conduit jusqu'au loges. Nous avons rencontré une grande partie des acteurs de la pièce: entre autre Kyo-san et Sôtaro-san que nous avons revus plusieurs fois après cette soirée là. Sôtaro-san, qui a passé cinq ans au Canada, et qui dans un anglais parfait, nous a expliqué avec un luxe de détails l'intrigue de la pièce. Nous avons écouté, sages comme des images, et assez captivées je dois l'avouer par le récit de Sôtaro-san.


Dans les loges, costumes

L'histoire se situe peu avant la deuxième guerre mondiale, dans une résidence à Tokyo, où vivent plusieurs personnes, venant d'horizons très différents. Parmi eux, trois scientifiques qui font des recherches en physique nucléaire. Sôtaro-san incarne l'un deux, et nous avons vite compris qu'il assurait un des rôle clef de la pièce. Autour d'eux évoluent d'autres protagonistes: un pianiste un peu avare, un alcoolique revêche, un jeune étudiant passionné de base-ball, une comédienne au métier indéterminé, qui change chaque matin de travail comme de chemise, et qui multiplie les apparences (jouée par Mizuki-san), l'intendant de la maison, et sa fille (jouée par Kyo-san). La pièce débute, alors que Sôtaro-san (je ne me rappelle pas du nom du personnage...) décide de quitter Tokyo, et la résidence. Il ne crois plus en ses études qui le dépassent, et ses théories semblent n'intéresser personne. Il reste pourtant, en apprenant de la bouche d'un des ses amis chercheurs que son travail est enfin reconnu dans son laboratoire. Toute la pièce se déroule dans cette unique résidence, où l'on voit évoluer les personnages au fil des ans, alors que la guerre approche, puis éclate, et enfin se termine. Elle mêle à la fois des moments très humoristiques, et d'autre lourds de signification.


Sôtaro a certainement un des rôle les plus dure à assumer. Sa position durant la pièce évolue, mais ses derniers mots seront quand même ceux d'un scientifique. Il ne regrette pas les recherches qu'il a fait et les conséquences que cela a engendré. Il reste un scientifique, et bien qu'il ai toujours sut que les recherches qu'il menait pouvaient avoir une telle ampleur dans l'horreur, il apprécie cette bombe pour ce qu'elle avait de révolutionnaire et ce qu'elle contenait de beauté et de complexité dans le monde de la physique. Des paroles très dures à entendre pour un public japonais (exclusivement féminin). Premièrement parce que beaucoup ignorent que des recherches ont bien été lancées pour produire la bombe atomique au Japon durant la deuxième guerre mondiale, et que les troupes ont été mobilisées le plus longtemps possible pour donner suffisamment de temps au chercheurs pour parvenir à leur but. But qu'il n'ont bien sûr pas réussi à atteindre. Deuxièmement parce qu'un tel discours sur les recherches nucléaires ne passe pas très bien auprès du seul pays qui a connu les effets meurtriers de cette foutue bombe.


Après la représentation une quinzaine de femmes patientent devant la sortie des loges. Calmes et polies comme toujours, elle attendent pour poser des questions aux comédiens. Nous ne saisissons pas bien leurs propos, mais plus tard dans la soirée on nous explique que l'une d'entre elles a raconté qu'elle avait connu, ainsi que ses parents, la chute de la bombe. Elle a été irradié, et a transmis à ses enfants les mêmes maladies qu'elle a développé après la catastrophe. Silence pesant dans la voiture alors que Sôtaro-san nous explique cela, tout le monde est encore un peu sous le choc. C'est souvent le cas nous dit-il que les gens aient besoin de s'exprimer après les représentations. Je trouve que leur pièce est exceptionnelle à plusieurs titres. Tout d'abord à titre informatif. La plupart ignorent que leur propre pays avait dans l'idée de lancer sur d'autres la même horreur qu'ils ont connus. Ensuite, quelle réussite si elle pousse les gens à en parler, surtout ici, dans ce pays où cacher son opinion est de rigueur. J'ai le coeur au bord des lèvres une bonne partie de la soirée.


Plus tard à Kyoto,


Alors que nous tentons de trouver l'office du tourisme dans la gigantesque gare de Kyoto, nous tombons sur une exposition temporaire sur Hiroshima. Dans la gare tintent les clochettes des Matsuri. Cette musique traditionnelle est destinée aux jours de fêtes, mais dans ce lieu, elle me semble bien funèbre. C'est une exposition de photos et de reproductions de peintures, accompagnées d'extraits de témoignages en japonais, traduit en anglais (merci pour nous). Boule au ventre, gorge serrée. Voilà le sentiment du charnier juif qui revient, ici au Japon, dans la gare au milieu des voyageurs pressés, avec cette musique inquiétante qui ne cesse de se répéter. Un corps d'enfant recroquevillé, calciné par la déflagration de la bombe. Comme seul commentaire: « Entendez vous la souffrance ? ». Voilà la France confondue dans la même horreur que le Japon et ses morts. Confondus dans l'horreur de la guerre.

Camille

lundi 13 juillet 2009

Le Japon, pacifiste ou impérialiste?

A l'origine ceci est ma réponse au commentaire de Kokuho, mais vu sa taille et l'intérêt du sujet nous avons jugé qu'il valait mieux le retravailler et le poster en temps qu'article à part entière.
Je développe ici un avis personnel qui vient de mes observations, rencontres et connaissances, mais je ne suis pas toujours au point au niveau historique, veuillez m'en excuser...

A la base les japonais sont (comme à peu près tous les peuples qui ont dominés à une époque) des colonisateurs... Ils ont opprimé les ainus à l'ère Edo et envahi leur dernier refuge d'Hokkaido à l'ère Meiji (la révolution industrielle).
A l'époque qui a précédé la seconde guerre mondiale et au cours de celle ci, l'esprit qui dominait l'essentiel de ce pays (il y a eu des exceptions bien sûr) était impérialiste, et le rêve était de construire un vaste empire asiatique sous domination japonaise. Il s'agissait également de s'imposer comme une puissance moderne face à l'Occident, et non un éventuel gâteau à grignoter... Le Japon se présentait comme un libérateur pour les pays asiatiques qu'il "délivrait" des colonisateurs européens (les anglais le plus souvent), c'est ainsi si je ne m'abuse que ce fut le cas pour Taiwan, tandis que la Corée et la Mandchourie étaient arrachées à la Chine. Plus les îles du Pacifique, et l'Inde qu'ils échouèrent à reprendre aux anglais.
Bon, après, il y a eu deux bombes atomiques et la reddition de l'empereur. Cela a mis un brusque terme au militarisme et à l'idéologie impérialiste... On entend parler parfois de retour à l'impérialisme mais franchement ça ne colle pas du tout avec la mentalité des japonais que nous rencontrons. Cela n'exclue pas le racisme et la méfiance excessive envers les pays limitrophes, mais...
Récemment, nous avons vu plusieurs choses au sujet de l'arme atomique, j'aurai de la matière pour un article à ce sujet).
Je pense que les japonais d'aujourd'hui sont pour la plupart encore très attaché à l'idée de pacifisme. On a beau en parler, je ne crois pas qu'on puisse mesurer le traumatisme que constitue pour eux Hiroshima et Nagasaki. Rien à voir avec la Résistance et la Collaboration dont on nous rabâche les oreilles. Seuls les Allemands ont peut être un tel fardeau avec l'Holocauste, en terme de lourdeur...
Mais ce n'est pas un avis partagé par les politiques japonais, qui ont passé plusieurs lois menant à un réarmement du Japon, et à la remise en place d'une armée. On est loin d'atteindre une armée du même type que ce qu'on a en France, mais ce sont des forces armées sensées intervenir dans les conflits mondiaux pour le rétablissement de la paix.
Pour faire simple, les japonais ont peur de leurs voisins, en particulier de la Corée, ainsi que de la montée en puissance de la Chine. Si j'ai bien compris, la Corée a envoyé des missiles récemment dans les eaux japonaises, à titre "d'essai" (Corée du Nord j'imagine). Évidemment ça a bien fait paniquer les japonais, d'autant qu'ils redoutent le moment où la Corée aura l'arme atomique.
Le Japon est dépendant des USA pour sa défense. En gros, si le Japon est attaqué, les USA sont sensés se charger de les défendre, c'est pourquoi ils occupent certaines îles de leurs bases (en particulier Okinawa je crois), au désarroi des habitants qui trouvent parfois des bouts de fusées dans leur jardin... Mais d'une part, ils ne sont pas tout à fait sûrs de cette alliance en cas de conflit vraiment grave (genre atomique), d'autre part on peut supposer qu'ils souhaitent prendre leur indépendance vis à vis des USA (puisque politiquement ils s'alignent toujours bien sagement sur l'avis des américains et on comprend bien pourquoi vu ce qui précède...).
Tout ça aboutit à un retour à la militarisation, voir même à envisager d'acquérir la bombe atomique à titre dissuasif, malgré le rejet que suscite cette dernière option dans la population (les derniers référendums ont donné le non à une immense majorité).
Voilà mon avis et mes connaissances sur le pacifisme/militarisme au Japon actuel...
Je pense que les politiques et médias japonais tendent à exagérer les risques pour pousser l'opinion à se diriger vers la voix militaire (c'est la droite après tout...). Et puis ils font de même en politique intérieure, en accentuant les quelques crimes et délits que connait le Japon (pays parmi les plus surs) pour vendre leur politique sécuritaire... Mais bon, on connait bien ça nous aussi!

Chloé

samedi 11 juillet 2009

Petit cours de Franponnais

Nous avons découvert ici que le français était la langue (comme l'anglais chez nous) que l'on utilisais pour donner un accent un peu poétique, ou philosophique aux choses, par exemple les enseignes de magasins, ou les marques de de salle de bain. Voila quelque perles que nous avons relevées, ou dont on nous a parlé:


Sur la devanture d'une boulangerie, s'étalant sur tout le mur, imprimé sur un arrière fond de champs de blés:

"Bonjour Bon est délicieux ! C'est heureux ! Santé !
Il tient dehors à devise comme une boulangerie faite à la main aimée par le client.
Beaucoup prépareront et nous attendons le pain frais du four tel que le pain du curry du melon de l'érable, bonté ou Camembert Caricaritezcara et le Terzingo lisse qui s'allongent au sujet de bacon.
S'il vous plait, obtenez tous les moyens une fois."

Inutile de dire que nous nous sommes fait remarqué dans la galerie marchande dans laquelle nous avons littéralement explosé de rire.

Autre franponnerie, sur un mug trouvé dans un 100 yens, l'équivalent de nos "tout à deux euros":

"Le temps quand le lait est entièrement mis dans le café et il boit est le plus heureux"

Mais aussi comme marque de toilettes(là j'avoue c'est moins poétique):

"C'est bon"

ou encore:

"Ce Fion"

Une autre boulangerie à la gare de Kyoto:

"donnez nous aujourd'hui notre pain quotidien"




Une boutique de chaussure a la gare de Kyoto:


"Cocue"


Camille

Tacaclop Tacaclop, elles changent de ville


Le quartier de Mitaka, un des petits "villages"de Tokyo

Bonjour Tous, voilà un bon moment que nous n'avons pas parlé du voyage à proprement dit. Mille excuses mesdames et messieurs, mais l'équipe a été un peu submergé par la dose de choses à faire en un jour, et a pris des mesures draconiennes. Vous devez savoir que pour être un bon explorateur, à plusieurs choses l'aventurier, chaque jour, se doit : se réveiller de bonne humeur, frais et dispo, malgré les 70° ambiant du four dans lequel il a trouvé le gite, et les éternuements intempestifs des moustiques autour de lui. Mais il doit aussi, faire sa prière à notre père soleil qui veille sur l'explorateur, quand celui-ci n'est pas trop flemmard, et qu'il ne refile pas le bébé à sa copine la pluie. Partir à la cueillette du petit déjeuner il faut ensuite aller, ce qui n'est pas toujours une mince affaire, quand les marées de collégiennes battent le pavées aux mêmes heure que vous. Choisir une destination, repérer le lieux sur la carte de la contrée que nous explorons, profiter de la journée, prendre des photos, dessiner, faires des interviews, observer, écouter, apprécier, détester... Puis rentrer, sans se tromper il faut. Repartir à la chasse ne pas oublier. Tout confier à son journal écrit toujours il doit. Recopier les notes des interviews mieux faut faire nous devons. Prendre une douche froide est agréable, et souper bien accueilli. Parfois ressortir nous allons, et souvent ces soirs là très très tard nous rentrons. Généralement le lendemain fatiguées nous sommes, et une des choses de la journée au sur-lendemain repoussons. Bref, vous l'aurez compris, nous avons décidé que le blog aurait un peu de retard...

Mais voici donc les nouvelles. Nous avons passés quelques fabuleux jours à Tokyo. Nous avons découvert une ville découpée en petits villages côte à côte, qui recèle de petits boui-bouis, et de magasins étranges. Nous avons eu une chance inouïe, et surtout beaucoup d'amis. Nous avons rencontré Maika à plusieurs reprises, une fois pour l'interview, une fois pour aller à l'Edo Museum (qui comme son nom l'indique est un musée, qui montre des objets, et des bâtiments de l'époque d'Edo) et manger dans le seul resto ainu de tout Tokyo, et enfin pour rencontrer un ponte de chez les Ainus à Chiba, une campagne périphérique de Tokyo.

Urakawa-san, Maika-san et nous même, habillés des magnifiques vêtements ainu, décorés de motifs brodés.

Pardonnez moi si je suis un peu rapide, mais j'essaye de faire une petite synthèse, les détails viendront plus tard. Nous avons rencontré Nicolas et ses amis, un français que j'avais contacté par son blog avant de partir, qui vit a Tokyo depuis plusieurs mois. Nous avons interviewé deux de ses amies, des jeunes femmes, qui ont décidé d'embrasser une carrière, chose pas forcément évidente quand on est une femme au Japon.

Yuka-san et Saki sa fille

Nous avons rencontré Yuka-san, une comédienne-danseuse-maman, et sa petite fille Saki, qui nous a invité chez elle, et qui nous elle-même présenté Akiko-san, une mère célibataire, qui a connu des violences domestiques, et qui nous a parlé des lois qui protègent (ou non !) la femme au Japon. Le soir où nous avons mangé chez elle, elle a appelé Mizuki-san, sa collaboratrice-amie-comédienne, à la compagnie AN. Elle lui a raconté que nous dormions dans un capsule hôtel ( une sorte de Formule 1 en France, où vont les japonais qui ont raté leur dernier train, ou reviennent d'une soirée un peu trop arrosée). Apparemment cela a été le mot magique, et Mizuki-san nous a ouvert grand les portes de sa maison.




Mizuki-san

Nous avons donc déménagé nos affaires jusqu'à chez elle pour quatre jours. Là commence le paradis, et la gêne. Nous avons été invités à manger des festins le soir, à boire dans des bars, et malgré notre insistance, on nous a opposé un refus poli mais définitif pour payer la note. Alors comment faire ? Comment rendre ce qu'on ne peut pas rendre ? Nous avons donc donné nos omiage, fait des omiage supplémentaires, écrit des lettres, dessiné, chanté, fait des invitation pour la France, pour pouvoir montrer notre gratitude. Cependant, je me sens toujours assez coupable. Mizuki-san nous a arrangé une entrée gratuite à son spectacle, et nous a introduit auprès de nombreuses personnes, entre autre un professeur d'université très connu qui se trouvait par hasard dans le bar ou j'ai chanté pour nos amis japonais, et qui nous a proposé de l'appeler si nous avions des questions sur l'histoire japonaise. Nous avons aussi rencontrer Marc Rigaudis, un autre professeur d'université, mais français cette fois-ci, qui a travaillé sur l'Ijime au japon. L'Ijime, c'est la persécution d'une personne par la groupe, qui conduit soit à la folie, soit au suicide. Nous avons rencontré du même coup toutes ses étudiantes japonaises, auprès de qui on a eut un succès fou ^^.

Les étudiantes du cours de français de Marc Rigaudis, à la Meiji University

Bref, j'en oublie certainement dans le lot, mais voyez que notre semaine n'a pas été de tout repos, et c'est vrai qu'entre profiter de ce qui nous arrivait et écrire, notre préférence est allé au premier choix. De plus, il faut que je vous le dise, nous avons été suivies par la chance depuis notre arrivée. Nous ne nous sommes pas perdues (à peine), nous n'avons rien perdu (à peine), nous avons attrapé tous nos bus en temps et en heure, nous trouvons toujours un gentil papi pour nous remettre sur le bon chemin quand nous sommes en retard, et perdues. Nous n'avons jusqu'ici pas eu de problème de langue (à peine), et chacune de nos interview était soit en français, soit en anglais, soit avec une traduction en direct, et les gens que nous avons rencontré sont formidables: n'est ce pas cela que l'on appelle la chance ? Ici, on dit RAKI !

Nous avons pris un bus de nuit jeudi soir pour Kyoto, et sommes arrivés hier matin. Pour moi, c'est un peu le creux de la vague, j'ai le coeur serré d'avoir quitté tout nos amis tokyoïtes, et je commence à appréhender un peu Hokkaido. Il faut qu'on revoit nos objectifs à la baisse, et qu'on change notre manière de faire nos reportages. Mes photos ne sont pas encore de très bonnes qualités, et Chloé a eu un peu de mal à trouver le temps de dessiner. Toutes les rencontres que nous faisons, ainsi que les choses nouvelles que nous apprenons tout les jours me font pas mal cogiter, et quand ça cogite dans la tête de Camille...

Mais une fois que nous aurons remis nos pendules à l'heure, l'aventure va reprendre, pas d'inquiétude. Le voyage a démarré, sur la route et dans nos cœurs.

Camille

Le samedi 11 juillet, sur le balcon d'une Guest house, à Kyoto.




Camille

dimanche 5 juillet 2009

Itadakimasu !!!

Lundi 6 juillet 2009, chez Mizuki, une amie de Yuka et Denis,

Je profite d'une matinée pour ouvrir une nouvelle rubrique: toutes les choses étranges, visqueuses, collantes, croquantes, sucrées, salé, épicées, piquantes, élastiques, fondantes, croustillantes, que nous avons mangés. Parfois nous avons les noms, parfois pas...donc je ferais de mon mieux !

A taaaaable !




Les Ramens 3 minutes. Alors que nous sommes au capsule hôtel (un genre de formule 1 japonais), le matin, nous achetons des ramens, auquels on ajoute de l'eau bien chaude, on ferme le couvercle, et 3 minute plus tard c'est près ! C'est salé, mais au moins ça tient à l'estomac. Et ce n'est pas mauvais !



Cela, c'est l'essai raté de fruits au p'tit dej'...de la gelée, avec ici ou la trois-quatre abricots qui se courent après, le tout arroser de purée de haricot rouge et de caramel...Mais bon, on excuse les japonais, c'était acheté à un 100yen, l'équivalent de tout à 2euros chez nous.




Mangeurs invétérés de poulet, tremblez ! Car voici une invention bien japonaise, qui révolutionne le milieu du dodu poulet. Ce sont des cartilages de poulet en brochette.C'est mou, mais ça craque quand même sous la dent... Avis mitigé pour Chloé. par contre moi, je songe à changer de pays :p





Ceci mes amis, c'est un plat typiquement ainou. A Tokyo, il existe un seul restaurant ainou où nous nous sommes rendus. Le propriétaire, un hommes plutôt caustique dans son genre, à dansé pour nous, et chanté. Il nous a même appris à jouer de la guimbarde ainou. Bref revenons à nos moutons...enfin ici ce serait plutôt au cerf. Nous qui ne sommes pas fans du gibier, sous cette forme le cerf est délicieux. Préparé un peu comme des sashimis, en très fines tranches,qui fondent sur la langue. Les mets de Hokkaido n'ont qu'a bien se tenir !





Le cliché qu'ont les français su les japonais (que j'avais aussi, je dois l'admettre), c'est l'existence d'une espèce de pudeur, de distinction dans laquelle ils se drapent, et qui accompagne chacune de leurs actions. Tout d'abord, cette pudeur n'est pas nationale, ensuite, s'il y a bien un moment où les japonais font tomber les masques, c'est pendant le repas. Sur cette photo, ce sont des sobas, des nouilles, servits froides, que l'on trempe dans de la sauce de sojas. Je peux vous assurer que ce n'est pas une opérations si facile. De plus, la règle de politesse avec la nourriture ici est la suivante: plus on mange vite, plus on fait du bruit vec la bouche, et plus on se brûle la langue, plus on montre que le repas est succulent, et croyez moi, ils respectent fidèlement cette règle !
Quant à nous, nous essayons de faire de notre mieux, mais nos " SLURP" sont encore bien ridicules comparés à ceux de nos amis japonais...on s'entraine !

Camille

jeudi 2 juillet 2009

Rencontre avec Maika au bord de la rivière Sumida


Maika. Une japonaise au visage plein, portant un petit chapeau, aimable, bien entendu…On rigole un peu de nos soucis de communication, son anglais étant des plus limités et mon japonais tout autant.

Soulagement quand surgit Sophie, franco japonaise qui va nous servir d’interprète, et Louise, son amie.
Le temps est lourd, le ciel gris, l’atmosphère humide, tropicale. Chaleur moite. Nous n’avons pas pu nous doucher depuis la veille en France, et je m’inquiètes d’imposer à Maika mon « odeur corporelle occidentale » qui parait il indispose les Japonais.

La rencontre se passe bien. Camille et moi posons à tour de rôle les questions, Sophie traduit après quelques instants d réflexion. Les réponses de Maika sont longues, riches et vivantes, et je regrette amèrement de ne pas mieux comprendre le japonais. La traduction de Sophie est synthétique et complète, mais c’est dommage de perdre le côté vivant, personnel de l’interview. Ca me fait très étrange d’être la spectatrice de l’échange entre Maika et Sophie, que Maika regarde Sophie quand elle répond, même si c’est bien normal.

Même si je sais que l’on va bien galérer, j’ai hâte de tenter les interviews en japonais. Et pour ça, je dois progresser, le plus vite possible!!
Chaque expression que je pourrais apprendre m’ouvre de plus grandes possibilités de communication. Je n’ai pas le choix, donc je vais vite m’améliorer… Il le faut! C’est pour ça que j’adore voyager: cette nécessité d’adaptation.

Maika nous a offert des CD de musiques, de contes ainu et de ses anciens spectacles. Notre propre omiage (les petits cadeaux qu’on offre quand on rencontre quelqu’un), une petite boite à musique, me semble bien futile face aux services qu’elle nous rend. Elle nous propose d’aller dans la préfecture de Chiba pour rencontrer un ainu avec qui nous essayerons le mode de vie de ce peuple. Génial! Il y a aussi un resto ainu à Tokyo dont on a récupéré l’adresse, et trois endroits nouveaux à Hokkaido pour faire nos recherches.

Mais qui est donc Maika? Elle écrit et joue un spectacle sur la personne qui a transcris en japonais la langue ainu et mis par écrit leur culture orale. Cette jeune fille exceptionnelle vivait au XIXème siècle et est morte à 19 ans. C’est donc d’abord son admiration pour cette figure d’écrivaine qui a poussé Maika à s’intéresser au peuple ainu. Leur cause étant l’une des plus grandes convictions de sa muse, elle s’est documentée à leur sujet puis est partie à leur rencontre à travers Hokkaido. Le contact n’a pas toujours été facile: elle-même consciente de la spoliation que les japonais firent subir aux Ainu, c’est avec une certaine culpabilité qu’elle s’st confrontée à leur méfiance. Pourquoi une japonaise s’intéresse-t-elle à eux? Est-ce à elle de défendre leur culture? Ne va-t-elle pas la changer en simple divertissement folklorique? Inquiétudes compréhensibles auxquelles nous risquons également d’être confrontées…

Si les japonais n’apprennent pas à connaitre et reconnaître la culture ainu, nous dit Maika, celle-ci n’a aucune chance de perdurer.
Aujourd’hui les Ainu vivent de la même façon que les japonais, et se réunissent de temps à autre pour maintenir une pratique de leurs coutumes: ils réapprennent leur langue, leurs chants et leurs danses…

Son expérience la plus forte a été une chasse au cerf, la même que les Ainu pratiquaient il y a des siècles, à l’arc. L’animal est tué, dépecé et mangé sur place, selon le rite. C’est une forme de partage qui a constitué pour elle une prise de conscience de la dépendance entre homme et nature. L’animisme, la croyance qu’il y a une dieu (kami pour les Japonais, kamui pour les Ainu) en chaque chose, se perd à chaque génération.

« Ma grand-mère me disais qu’il y a un kami dans chaque grain de riz, c’est pourquoi il ne faut pas en laisser un seul au fond du bol! »
De la même façon, la croyance en l’esprit du feu, très importante dans la culture ainu, poussais les grands-mères Ainu à adresser une prière au kamui du feu à chaque fois qu’elles allumaient le gaz!
Ces pratiques quotidienne n’ont plus guère lieu aujourd’hui, dans l’un ou l’autre de ces deux peuples. C’est à Hokkaido et Okinawa que l’animisme demeure le plus pratiqué.

Maika trouve cette régression regrettable, car une telle croyance permet d’accorder importance et attention à toute chose, même les plus simples et les plus humbles.
Sa démarche artistique vise sensibiliser les japonais à leur propre histoire, celle qu’ils n’apprennent pas dans les manuels scolaires, que ce soient les premiers écrits shintoïstes sur la création du monde par les dieux ou la colonisation et l’assimilation forcée du peuple ainu.


La discrimination a beaucoup diminué mais demeure une réalité dans les lieux habités par les Ainu.
Il y a quelques années, un CV montrant que la personne était Ainu n’avait quasiment aucune chance de donner accès à un travail. Les parents disent toujours à leurs enfants de ne pas jouer avec leurs camarades Ainu.
Mais ce qui prévaut et menace vraiment la culture ainu n’est pas le racisme: c’est l’ignorance. La plupart des jeunes japonais ne savent rien des Ainu, et ceux qui savent pensent qu’ils ont disparus. Nous avons pu le vérifier en discutant avec Nobu et Chiaki, nos amis japonais expatriés en France, avant notre départ. Nobu est originaire d’Hokkaido, et pourtant ils croyait que les Ainu n’existaient plus…

Derrière ce désintérêt, il y a forcément une certaine volonté politique: les Ainu sont à peine mentionnés dans les manuels scolaires, et cela fait juste un an qu’ils sont reconnus comme un des peuples originaire du Japon. Auparavant, on les considérait comme des immigrés, niant toute réalité historique.

Les japonais ont commis des exactions et n’ont pas l’intention de s’excuser, donc il vaut mieux que cette page peu glorieuse de l’histoire reste dans l’ombre, et que les Ainu s’éteignent en silence.
Même attitude que pour les massacres commis en Chine au cours de sa colonisation (notamment Nankin). Le Japon souffre manifestement de troubles de la mémoire dès qu’il est responsable du malheur des autres… Apprend-il de ses erreurs passées?


Le 1er juillet,
Chloé

L'arrivée dans la brume tokyoïte

Mardi 30, dans l’avion vers Narita,








Mais qui parmi les touristes de l'aeroport d'Heathrow va acheter ce genre d'articles...? Dans la foule compacte, il doit bien y en avoir un qui aime les boutons de manchette arc-en-ciel.



Nous rentrons dans le Boeing, après de longues heures d’attente dans le gigantesque aéroport d’Heathrow. Depuis l’embarquement les têtes de type asiatique se sont multipliées. Nous sommes assises à côté d’une petite dame japonaise. Les petits gadgets des avions me font toujours beaucoup rire: une petite couverture, des écouteurs qui rendent l’âme à la fin du vol, un coussin plat, une micro-brosse à dent. Pendant que Chloé décide de faire une petite visite des toilettes, je découvre avec un ravissement partagé par ma voisine que nos « paquets surprise » contiennent aussi de belles paires de chaussettes bleues. « They like it » me dit ma voisine avec un grand sourire en me montrant ses pieds. J’en profite pour lui glisser qu’elle ne doit pas hésiter à nous dire si on la dérange en faisant trop de bruit. Elle me regarde perplexe, et après un moment de réflexion elle m’explique que sa fille est sœur du silence. Autre regard perplexe venant de moi cette fois-ci… Et bien ça donne le ton pour les prochaines conversations ! Nous regardons défiler les heures sur mon petit réveil, et sur l’écran de télévision qui décompte le temps qu’il nous reste de vol. Plus que huit heure de sommeil, sept..six… Nous dormons mal, et je m’éveille au moindre mouvement d’une de mes deux voisines. Vers 3h du matin, je baisse les bras et me réveille pour de bon. Je regarde la seule comédie sous-titrée en anglais que je trouve, un peu niaise, mais divertissante. C’est drôle, l’intrigue (si on peut parler d’intrigue…) se déroule dans l’aéroport d’Heathrow que nous venons de quitter. Je révise un peu mes hiragana (le premier des alphabets japonais), je fait réviser Chloé. Les heures se traînent. Au repas du soir, nous avons le choix entre deux menus, anglais, ou japonais. Avec ferveur et enthousiasme nous commandons le repas japonais. Un coup d’œil à la voisine: anglais. Nous réalisons que les arrêts de métro risquent d’être écrit en kanji (l’alphabet que nous ne pouvons pas lire ,car il existe des millions d’idéogrammes). Je prend mon courage à deux mains (ainsi que mon guide de conversation) , avec un phrase des plus simple et maintes courbettes, je demande à notre voisine si elle peut nous écrire en Kanji le nom de la première ligne de métro que nous devons emprunter, la Keisei-Line. Elle griffonne gentiment sur mon cahier quelques kanji, que j’observe de près: je n’ai jamais vu ces symboles, j’espère qu’on les reconnaitra tout à l’heure. Hésitante, la petite dame japonaise demande confirmation à sa voisine, et mon cahier passe alors de mains en mains. La deuxième voisine écrit alors d’autres kanji, différents des premiers: un même lieu peut être écrit avec plusieurs kanji. Je remercie trois fois chacune d’elle, remerciements qu’elles écarte d’un mouvement d’épaule et d’un grand sourire. Chloé leur offre quelques petits gâteaux de chez carrefour , qu’elles accueillent comme des ômyage. Ce premier contact nous met du baume au cœur, la descente commence maintenant, Chloé est frigorifiée. Nos deux voisines, qui n’avaient parlé à personne avant notre intervention rigolent maintenant comme des bossus. Nous traversons des couches et des couches de nuages et j'attends le moment où le sol apparaîtra. Soudain un grand bruit, nous sommes secouées. Alors que nous ne l’attendions plus, nous avons atterri.

Camille