lundi 27 juillet 2009

Il était un petit navire...

Carnet de bord du capitaine: 12h20, sur l'île d'Hokkaido, dans la ville de Sapporo, dans le repère de Inno.

Comme vous l'aurez peut être compris, nous sommes enfin arrivées à notre ultime destination, la belle et sauvage Hokkaido (ça dépend des coins quand même :p). Avant de vous décrire ce nouveau lieu, laissez moi revenir un peu en arrière. Nous n'avons que peu décrit Kyoto, et cette ville mérite tout de même que l'on s'y arrête un instant. Nous avons passé une petite semaine dans une auberge de jeunesse assez sympa, bourrée de jeunes étrangers. Ça nous a bien changé de Tokyo. Je dirais même que cela a été même un peu dérangeant. Pour des touristes de passage, Kyoto est une ville incontournable. Nous qui venions surtout rencontrer des gens...nous avons eu un peu le sentiment d'être là sans but précis. Nous avons fait des visites d'endroits absolument magnifiques, cependant nous n'avons ni l'une ni l'autre eu le sentiment de « rencontrer »le Japon. Visiter pour visiter, non merci. Nos voisines de chambre collectionnaient les temples et les sanctuaires, les bars et les restaurants pendant que nous errions un peu désorientées. Nous n'avons parlé presque a aucun japonais. « What's your plan today ? », « what's your plan tonight ? » étaient les questions récurrentes, auxquelles nous avions de moins en moins envie de répondre.

Mais je ne vais pas cracher sur cette semaine pour autant. Nous avons pu remettre un peu à plat les événements de la semaine passée, et changer notre tactique d'interview. Nous avons rencontrer une guide touristique d'Hokkaido, Sumie-san, qui a accepté de répondre à nos questions sur les femmes, et sur Hokkaido. Elle nous a aussi donné de super contacts sur Sapporo, notamment des ainous de l'association « Ainu art projet », qui voyage à travers le monde, pour faire connaître leur culture. Encore une fois, voilà une rencontre qui tombe à point nommé !


Sumie-san, notre rencontre de Tokyo, inattendue, mais absolument charmante

J'ai beaucoup de mal a décrire les lieux que l'on a visité. Tout d'abord parce qu'ils n'ont pas grand chose a voire avec ce que l'on a chez nous. Atmosphère de sérénité pesante, silence concentré. A force de mixer le japonais(très mal), l'anglais(moyen) et le français(de pire en pire), les mots m'échappent. J'ai tenté via skype de décrire un peu les paysages à ma famille, mais j'éprouve des difficultés. Tout est là autour de moi, mais mon regard à changé, et je ne peux plus décrire à la façon des premiers jours, dans la surprise pemanente. Les choses se connectent peu à peu dans mon esprits, les éléments triviaux avec les attitudes des gens, et les pensées plus profondes sur lesquelles ils s'appuient. Je commence a voir un peu plus clair sur ce qui m'entoure. Je ne parle pas de compréhension parfaite, loin de moi cette idée, mais une sorte de réseau se crée ,de causes et de conséquence, qui s'influencent mutuellement. Alors je ne peux plus décrire les gens, les lieux ou les choses comme étant des “bêtes curieuses”. Bref, je vous met là quelques photos (qui ne sont pas d'assez bonnes qualité à mon goût, mais vous me direz que je suis perfectionniste), afin que vous vous fassiez vous même votre opinion. Peut être que plus tard j'y reviendrais, en tout cas pas maintenant, c'est trop frais.




Matsuri de Gion un quartier de Kyoto



Matsuri de Gion, un couple essayant de pêcher des poissons porte-bonheur



Au sanctuaire de Raijin, le dieux de la foudre à Kyoto



Sanctuaire d'Inari, la déesse renarde des récoltes



Les kilomètres de Tori (portes rouges) du sanctuaire d'Inari




Les Tori du sanctuaire d'Inari



Statue de la déesse Renarde



Le temple de bois du Daibutsu, à Nara.



A Nara, pause déjeuner.



Les statue des Gardien Inu



Parc de Gion-koen àKyoto



Parc de Gion-koen à Kyoto



Un des temple près de chez nous. pas plus de précision sur le nom...On peut aprecevoir près du groupe de personnes des branches d'arbre blanches. Ce sont les prédictions que les gens ont tirées à la bonne fortune. Si la prédiction est bonne il faut concerver le papier. Au contraire, si la prédiction est mauvaise, il faut l'attacher à la branche d'un arbre pour conjurer le sort.




Une des portes principales de Kyoto



Toit d'un temple



Berges du quartier de Gion

Nous avons finis par quitter Kyoto, pour nous rendre au port de Maizuru, où nous attendais le bateau pour Otaru. C'est une petite ville portuaire, assez étendue, mais pas très vivante. Il pleut drue, et nous n'avons pas de parapluie. Les K-way c'est bien, mais il faut avouer que nous manquons sérieusement de classe. Celui de Chloé est taché, et le mien se désagrège au fur et a mesure, laissant dans mon sillage des pellicules blanches. Nous laissons nos sacs dans le terminal et nous passons l'après-midi a écrire, lire, et a regarder les bêtises qui passent sur la télévision de la salle d'attente. Nous mangeons en ville, dans un petit restaurant à brochette très chaleureux. Vers 9h du soir le terminal a enfin commencé a se remplir, et nous constatons que nous sommes les deux seules gaijin à prendre le bateau(étranger). A 11h 45 nous embarquons enfin. Nous sommes un peu stressées, nous n'osons parler à personne, pourtant nous aimerions. Notre chambre n'est pas mal du tout, et nous la partageons avec une petite famille, deux garçons, une petite fille et leur mère. Je constate avec regret que je ne partage pas avec le Japon le même amour des oreillers durs...



Je sens à peine le bateau bougé, et je m'endort vite. A 8h,une voix nous réveil et nous annonce qu'il est temps de se lever si nous désirons prendre notre petit déjeuner. J'ai l'impression d'avoir dormi sur une machine à laver. Nous passons une matinée assez tranquille, et vers 11h nous nous installons dans des petits fauteuils près de hublot, donnant sur la mer. C'est un coin fumeur, et plusieurs groupes d'hommes discutent joyeusement autour de nous. Nous travaillons un peu, tout en les écoutant. La même gène pèse sur nous deux. Nous aimerions les aborder, mais comment? Toutes les phrases d'usage me viennent en anglais... Bon, a 10 j'y vais... “sumimasen, tabacco i deska ?”...ba oui, il faut bien trouver quelque chose. Le petit bonhomme a qui je demande est d'abord un peu désarçonné, mais il me tend gentiment son paquet et son briquet. Un instant de flottement...que dire...nous sommes françaises, nous ne parlons pas bien japonais. Flute, la discussion s'arrête là... La cigarette finie je regrette d'avoir dit cela. Cependant le petit monsieur japonais recroise mon regard, et me propose a nouveau une cigarette, que j'accepte. La discussion démarre enfin, avec lui et ses deux autres compagnons. Que cela fait du bien ! J'ai le sentiment que cela fait un mois que nous n'avons pas parlé ! Ce sont des motards, il viennent à Hokkaido faire de la route avec leurs engins. On discute itinéraire un moment, nous nous faisons offrir des boules de riz et des gâteaux salés, ainsi que du vin blanc ! En discutant, je réalise que le bateau arrive un jour plus tôt que ce que j'avais prévu...le boulet...décidément, moi et les dates, nous sommes fâchées ! Nos nouveaux amis nous proposent de téléphoner à une guesthouse pour nous, et de nous y emmener à l'arrivée du bateau dans le port de Otaru. Chouette ! Nous passons l'après-midi a parler avec eux, et avec d'autres fumeurs qui se rajoutent à la conversation. Nous avons eu des propositions assez douteuses de la part d'un cinquantenaire qui a tenu a nous inviter chez lui a Sapporo, en précisant qu'il était marié à Kyushu, mais qu'à Sapporo il était célibataire...merci beaucoup, mais non. Au port d'Otaru nos amis japonais nous embarquent dans leur van, et nous dépose à la guesthouse. Vraiment charmants.


Nagai-san, Onô-san, et Yu-J la chienne

Finalement me fait remarquer Chloé c'est quand il y a des imprévues que c'est vraiment l'aventure.




Camille

dimanche 26 juillet 2009

Le shinto est moderne!








Cette après midi, dans un sanctuaire de Sapporo...
D'après Nanako-san la majorité des japonais vont faire purifier leur auto par un prêtre shinto peu après son achat. Et il existe des équivalents pour les autres religions (chrétienne, bouddhiste...).
On trouve de nombreux exemple de cette combinaison de rites anciens et d'éléments modernes un peu partout, c'est même un lieu commun sur le Japon, le fameux "tradition et modernité". Pas dénudé de fondement, bien entendu... Mais je pense que là où nous voyons une opposition et nous surprenons de la cohabitation, les japonais ne voient pas de contradiction... Le shintoisme est actuel et participe à la vie quotidienne.
Pour donner des exemples, à l'entrée du bar du copain de Mizuki-san se trouve un tas de sel servant à purifier, repousser les choses mauvaises et attirer les clients... A l'entrée de chaque temple on peut acheter pour un prix allant de 500 à 1000 yens des charmes, dont certains pour réussir les examens ou pour éviter les accidents de la circulation...
Enfin, il faut voir lors des matsuri (festivals) ces jeunes aux coiffures tendances et à l'air franchement superficiel, lorsqu'ils sont vêtus de yukata, s'incliner et secouer les grelots de prière afin que leurs souhaits montent vers les dieux et soient entendus...


Jeune couple de la catégorie sus-citée assistant au Hanabi commémorant l'été, à Sapporo



Lors du matsuri de Gion, ces adolescents écrivent leurs voeux sur des ema, des tablettes de bois qu'on accroche ensuite dans le sanctuaire shinto.

Le shintoïsme n'est pas vraiment une religion mais plutôt une croyance, ce qui explique qu'il puisse être combiné à d'autres religions. Il a beaucoup en commun avec les croyances ainu puisque tous deux tiennent de l'animisme, c'est à dire l'existence d'un dieu/esprit en toute chose.
D'ailleurs je ne sais pas si c'est juste un hasard ou si cela a un sens, mais le mot pour dieu en japonais est Kami (toujours suivi de" sama" pour le respect) et le mot ainu Kamui...

Chloé

dimanche 19 juillet 2009

Pieds, Feet, Ashi !

Bonjour Bonsoir !

Pour relever un peu le moral des troupes, voilà un article patchwork.
J'ai une théorie: Montre moi tes pieds, je te dirais qui tu es...
Parmi tous ces pieds, saurez vous retrouver l'intrus ? (Il y en a plusieurs, à vous de choisir le votre)










Camille

mardi 14 juillet 2009

L'écho des bombes

Comme tout le monde j'ai entendu parler de la deuxième guerre mondiale. Par les livres d'histoire, par les romans, par les films et les documentaires, par les récits de proches. Pourtant, pourtant... j'ai le sentiment de ne rien en savoir. Nous avons été nourris dès l'enfance aux histoires héroïques des résistants, puis plus tard on nous a expliqué ce qu'avait été l'horreur indescriptible des camps. Ce n'est qu'au lycée que j'ai vraiment compris que la guerre n'avait pas seulement opposé la France et de nombreux anonymes.

Pourtant... ce sentiment qui nous prend aux tripes, qui nous a fait chavirer le coeur lorsque l'on découvre pour la première fois en image les charniers, et les os et la chair. Ce sentiment, je ne l'ai ressenti depuis qu'en de très rares occasions. Je peux me révolter lorsqu'on j'entend ce qui se passe dans le reste du monde, je peux se sentir honteuse, désespérée, hors de moi, mais le sentiment lié à la seconde guerre mondiale en France et en Europe pour moi est unique.


Et pourtant.


Pourtant, je découvre ici une autre facette de cette guerre. Nous n'avons pas l'habitude d'entendre parler de l'expérience de la guerre chez les opposants, hormis l'Allemagne. Cette guerre n'a pas seulement été la guerre des juifs. J'avais beau le savoir, connaître les faits, je n'avais encore jamais été directement confronté à eux. Il est si facile de se contenter de savoir.


Dans les loges, maquillage

Lors de nos premiers jours à Tokyo, Mizuki-san nous a invité a assister à la pièce dans laquelle elle joue en ce moment. Cette pièce s'intitule littéralement en français « Le club tokyoïte de la bombe A. ». Peu avant le levé de rideau Mizuki-san nous a fait traverser les coulisses, plongées dans la pénombre, et nous a conduit jusqu'au loges. Nous avons rencontré une grande partie des acteurs de la pièce: entre autre Kyo-san et Sôtaro-san que nous avons revus plusieurs fois après cette soirée là. Sôtaro-san, qui a passé cinq ans au Canada, et qui dans un anglais parfait, nous a expliqué avec un luxe de détails l'intrigue de la pièce. Nous avons écouté, sages comme des images, et assez captivées je dois l'avouer par le récit de Sôtaro-san.


Dans les loges, costumes

L'histoire se situe peu avant la deuxième guerre mondiale, dans une résidence à Tokyo, où vivent plusieurs personnes, venant d'horizons très différents. Parmi eux, trois scientifiques qui font des recherches en physique nucléaire. Sôtaro-san incarne l'un deux, et nous avons vite compris qu'il assurait un des rôle clef de la pièce. Autour d'eux évoluent d'autres protagonistes: un pianiste un peu avare, un alcoolique revêche, un jeune étudiant passionné de base-ball, une comédienne au métier indéterminé, qui change chaque matin de travail comme de chemise, et qui multiplie les apparences (jouée par Mizuki-san), l'intendant de la maison, et sa fille (jouée par Kyo-san). La pièce débute, alors que Sôtaro-san (je ne me rappelle pas du nom du personnage...) décide de quitter Tokyo, et la résidence. Il ne crois plus en ses études qui le dépassent, et ses théories semblent n'intéresser personne. Il reste pourtant, en apprenant de la bouche d'un des ses amis chercheurs que son travail est enfin reconnu dans son laboratoire. Toute la pièce se déroule dans cette unique résidence, où l'on voit évoluer les personnages au fil des ans, alors que la guerre approche, puis éclate, et enfin se termine. Elle mêle à la fois des moments très humoristiques, et d'autre lourds de signification.


Sôtaro a certainement un des rôle les plus dure à assumer. Sa position durant la pièce évolue, mais ses derniers mots seront quand même ceux d'un scientifique. Il ne regrette pas les recherches qu'il a fait et les conséquences que cela a engendré. Il reste un scientifique, et bien qu'il ai toujours sut que les recherches qu'il menait pouvaient avoir une telle ampleur dans l'horreur, il apprécie cette bombe pour ce qu'elle avait de révolutionnaire et ce qu'elle contenait de beauté et de complexité dans le monde de la physique. Des paroles très dures à entendre pour un public japonais (exclusivement féminin). Premièrement parce que beaucoup ignorent que des recherches ont bien été lancées pour produire la bombe atomique au Japon durant la deuxième guerre mondiale, et que les troupes ont été mobilisées le plus longtemps possible pour donner suffisamment de temps au chercheurs pour parvenir à leur but. But qu'il n'ont bien sûr pas réussi à atteindre. Deuxièmement parce qu'un tel discours sur les recherches nucléaires ne passe pas très bien auprès du seul pays qui a connu les effets meurtriers de cette foutue bombe.


Après la représentation une quinzaine de femmes patientent devant la sortie des loges. Calmes et polies comme toujours, elle attendent pour poser des questions aux comédiens. Nous ne saisissons pas bien leurs propos, mais plus tard dans la soirée on nous explique que l'une d'entre elles a raconté qu'elle avait connu, ainsi que ses parents, la chute de la bombe. Elle a été irradié, et a transmis à ses enfants les mêmes maladies qu'elle a développé après la catastrophe. Silence pesant dans la voiture alors que Sôtaro-san nous explique cela, tout le monde est encore un peu sous le choc. C'est souvent le cas nous dit-il que les gens aient besoin de s'exprimer après les représentations. Je trouve que leur pièce est exceptionnelle à plusieurs titres. Tout d'abord à titre informatif. La plupart ignorent que leur propre pays avait dans l'idée de lancer sur d'autres la même horreur qu'ils ont connus. Ensuite, quelle réussite si elle pousse les gens à en parler, surtout ici, dans ce pays où cacher son opinion est de rigueur. J'ai le coeur au bord des lèvres une bonne partie de la soirée.


Plus tard à Kyoto,


Alors que nous tentons de trouver l'office du tourisme dans la gigantesque gare de Kyoto, nous tombons sur une exposition temporaire sur Hiroshima. Dans la gare tintent les clochettes des Matsuri. Cette musique traditionnelle est destinée aux jours de fêtes, mais dans ce lieu, elle me semble bien funèbre. C'est une exposition de photos et de reproductions de peintures, accompagnées d'extraits de témoignages en japonais, traduit en anglais (merci pour nous). Boule au ventre, gorge serrée. Voilà le sentiment du charnier juif qui revient, ici au Japon, dans la gare au milieu des voyageurs pressés, avec cette musique inquiétante qui ne cesse de se répéter. Un corps d'enfant recroquevillé, calciné par la déflagration de la bombe. Comme seul commentaire: « Entendez vous la souffrance ? ». Voilà la France confondue dans la même horreur que le Japon et ses morts. Confondus dans l'horreur de la guerre.

Camille

lundi 13 juillet 2009

Le Japon, pacifiste ou impérialiste?

A l'origine ceci est ma réponse au commentaire de Kokuho, mais vu sa taille et l'intérêt du sujet nous avons jugé qu'il valait mieux le retravailler et le poster en temps qu'article à part entière.
Je développe ici un avis personnel qui vient de mes observations, rencontres et connaissances, mais je ne suis pas toujours au point au niveau historique, veuillez m'en excuser...

A la base les japonais sont (comme à peu près tous les peuples qui ont dominés à une époque) des colonisateurs... Ils ont opprimé les ainus à l'ère Edo et envahi leur dernier refuge d'Hokkaido à l'ère Meiji (la révolution industrielle).
A l'époque qui a précédé la seconde guerre mondiale et au cours de celle ci, l'esprit qui dominait l'essentiel de ce pays (il y a eu des exceptions bien sûr) était impérialiste, et le rêve était de construire un vaste empire asiatique sous domination japonaise. Il s'agissait également de s'imposer comme une puissance moderne face à l'Occident, et non un éventuel gâteau à grignoter... Le Japon se présentait comme un libérateur pour les pays asiatiques qu'il "délivrait" des colonisateurs européens (les anglais le plus souvent), c'est ainsi si je ne m'abuse que ce fut le cas pour Taiwan, tandis que la Corée et la Mandchourie étaient arrachées à la Chine. Plus les îles du Pacifique, et l'Inde qu'ils échouèrent à reprendre aux anglais.
Bon, après, il y a eu deux bombes atomiques et la reddition de l'empereur. Cela a mis un brusque terme au militarisme et à l'idéologie impérialiste... On entend parler parfois de retour à l'impérialisme mais franchement ça ne colle pas du tout avec la mentalité des japonais que nous rencontrons. Cela n'exclue pas le racisme et la méfiance excessive envers les pays limitrophes, mais...
Récemment, nous avons vu plusieurs choses au sujet de l'arme atomique, j'aurai de la matière pour un article à ce sujet).
Je pense que les japonais d'aujourd'hui sont pour la plupart encore très attaché à l'idée de pacifisme. On a beau en parler, je ne crois pas qu'on puisse mesurer le traumatisme que constitue pour eux Hiroshima et Nagasaki. Rien à voir avec la Résistance et la Collaboration dont on nous rabâche les oreilles. Seuls les Allemands ont peut être un tel fardeau avec l'Holocauste, en terme de lourdeur...
Mais ce n'est pas un avis partagé par les politiques japonais, qui ont passé plusieurs lois menant à un réarmement du Japon, et à la remise en place d'une armée. On est loin d'atteindre une armée du même type que ce qu'on a en France, mais ce sont des forces armées sensées intervenir dans les conflits mondiaux pour le rétablissement de la paix.
Pour faire simple, les japonais ont peur de leurs voisins, en particulier de la Corée, ainsi que de la montée en puissance de la Chine. Si j'ai bien compris, la Corée a envoyé des missiles récemment dans les eaux japonaises, à titre "d'essai" (Corée du Nord j'imagine). Évidemment ça a bien fait paniquer les japonais, d'autant qu'ils redoutent le moment où la Corée aura l'arme atomique.
Le Japon est dépendant des USA pour sa défense. En gros, si le Japon est attaqué, les USA sont sensés se charger de les défendre, c'est pourquoi ils occupent certaines îles de leurs bases (en particulier Okinawa je crois), au désarroi des habitants qui trouvent parfois des bouts de fusées dans leur jardin... Mais d'une part, ils ne sont pas tout à fait sûrs de cette alliance en cas de conflit vraiment grave (genre atomique), d'autre part on peut supposer qu'ils souhaitent prendre leur indépendance vis à vis des USA (puisque politiquement ils s'alignent toujours bien sagement sur l'avis des américains et on comprend bien pourquoi vu ce qui précède...).
Tout ça aboutit à un retour à la militarisation, voir même à envisager d'acquérir la bombe atomique à titre dissuasif, malgré le rejet que suscite cette dernière option dans la population (les derniers référendums ont donné le non à une immense majorité).
Voilà mon avis et mes connaissances sur le pacifisme/militarisme au Japon actuel...
Je pense que les politiques et médias japonais tendent à exagérer les risques pour pousser l'opinion à se diriger vers la voix militaire (c'est la droite après tout...). Et puis ils font de même en politique intérieure, en accentuant les quelques crimes et délits que connait le Japon (pays parmi les plus surs) pour vendre leur politique sécuritaire... Mais bon, on connait bien ça nous aussi!

Chloé

samedi 11 juillet 2009

Petit cours de Franponnais

Nous avons découvert ici que le français était la langue (comme l'anglais chez nous) que l'on utilisais pour donner un accent un peu poétique, ou philosophique aux choses, par exemple les enseignes de magasins, ou les marques de de salle de bain. Voila quelque perles que nous avons relevées, ou dont on nous a parlé:


Sur la devanture d'une boulangerie, s'étalant sur tout le mur, imprimé sur un arrière fond de champs de blés:

"Bonjour Bon est délicieux ! C'est heureux ! Santé !
Il tient dehors à devise comme une boulangerie faite à la main aimée par le client.
Beaucoup prépareront et nous attendons le pain frais du four tel que le pain du curry du melon de l'érable, bonté ou Camembert Caricaritezcara et le Terzingo lisse qui s'allongent au sujet de bacon.
S'il vous plait, obtenez tous les moyens une fois."

Inutile de dire que nous nous sommes fait remarqué dans la galerie marchande dans laquelle nous avons littéralement explosé de rire.

Autre franponnerie, sur un mug trouvé dans un 100 yens, l'équivalent de nos "tout à deux euros":

"Le temps quand le lait est entièrement mis dans le café et il boit est le plus heureux"

Mais aussi comme marque de toilettes(là j'avoue c'est moins poétique):

"C'est bon"

ou encore:

"Ce Fion"

Une autre boulangerie à la gare de Kyoto:

"donnez nous aujourd'hui notre pain quotidien"




Une boutique de chaussure a la gare de Kyoto:


"Cocue"


Camille

Tacaclop Tacaclop, elles changent de ville


Le quartier de Mitaka, un des petits "villages"de Tokyo

Bonjour Tous, voilà un bon moment que nous n'avons pas parlé du voyage à proprement dit. Mille excuses mesdames et messieurs, mais l'équipe a été un peu submergé par la dose de choses à faire en un jour, et a pris des mesures draconiennes. Vous devez savoir que pour être un bon explorateur, à plusieurs choses l'aventurier, chaque jour, se doit : se réveiller de bonne humeur, frais et dispo, malgré les 70° ambiant du four dans lequel il a trouvé le gite, et les éternuements intempestifs des moustiques autour de lui. Mais il doit aussi, faire sa prière à notre père soleil qui veille sur l'explorateur, quand celui-ci n'est pas trop flemmard, et qu'il ne refile pas le bébé à sa copine la pluie. Partir à la cueillette du petit déjeuner il faut ensuite aller, ce qui n'est pas toujours une mince affaire, quand les marées de collégiennes battent le pavées aux mêmes heure que vous. Choisir une destination, repérer le lieux sur la carte de la contrée que nous explorons, profiter de la journée, prendre des photos, dessiner, faires des interviews, observer, écouter, apprécier, détester... Puis rentrer, sans se tromper il faut. Repartir à la chasse ne pas oublier. Tout confier à son journal écrit toujours il doit. Recopier les notes des interviews mieux faut faire nous devons. Prendre une douche froide est agréable, et souper bien accueilli. Parfois ressortir nous allons, et souvent ces soirs là très très tard nous rentrons. Généralement le lendemain fatiguées nous sommes, et une des choses de la journée au sur-lendemain repoussons. Bref, vous l'aurez compris, nous avons décidé que le blog aurait un peu de retard...

Mais voici donc les nouvelles. Nous avons passés quelques fabuleux jours à Tokyo. Nous avons découvert une ville découpée en petits villages côte à côte, qui recèle de petits boui-bouis, et de magasins étranges. Nous avons eu une chance inouïe, et surtout beaucoup d'amis. Nous avons rencontré Maika à plusieurs reprises, une fois pour l'interview, une fois pour aller à l'Edo Museum (qui comme son nom l'indique est un musée, qui montre des objets, et des bâtiments de l'époque d'Edo) et manger dans le seul resto ainu de tout Tokyo, et enfin pour rencontrer un ponte de chez les Ainus à Chiba, une campagne périphérique de Tokyo.

Urakawa-san, Maika-san et nous même, habillés des magnifiques vêtements ainu, décorés de motifs brodés.

Pardonnez moi si je suis un peu rapide, mais j'essaye de faire une petite synthèse, les détails viendront plus tard. Nous avons rencontré Nicolas et ses amis, un français que j'avais contacté par son blog avant de partir, qui vit a Tokyo depuis plusieurs mois. Nous avons interviewé deux de ses amies, des jeunes femmes, qui ont décidé d'embrasser une carrière, chose pas forcément évidente quand on est une femme au Japon.

Yuka-san et Saki sa fille

Nous avons rencontré Yuka-san, une comédienne-danseuse-maman, et sa petite fille Saki, qui nous a invité chez elle, et qui nous elle-même présenté Akiko-san, une mère célibataire, qui a connu des violences domestiques, et qui nous a parlé des lois qui protègent (ou non !) la femme au Japon. Le soir où nous avons mangé chez elle, elle a appelé Mizuki-san, sa collaboratrice-amie-comédienne, à la compagnie AN. Elle lui a raconté que nous dormions dans un capsule hôtel ( une sorte de Formule 1 en France, où vont les japonais qui ont raté leur dernier train, ou reviennent d'une soirée un peu trop arrosée). Apparemment cela a été le mot magique, et Mizuki-san nous a ouvert grand les portes de sa maison.




Mizuki-san

Nous avons donc déménagé nos affaires jusqu'à chez elle pour quatre jours. Là commence le paradis, et la gêne. Nous avons été invités à manger des festins le soir, à boire dans des bars, et malgré notre insistance, on nous a opposé un refus poli mais définitif pour payer la note. Alors comment faire ? Comment rendre ce qu'on ne peut pas rendre ? Nous avons donc donné nos omiage, fait des omiage supplémentaires, écrit des lettres, dessiné, chanté, fait des invitation pour la France, pour pouvoir montrer notre gratitude. Cependant, je me sens toujours assez coupable. Mizuki-san nous a arrangé une entrée gratuite à son spectacle, et nous a introduit auprès de nombreuses personnes, entre autre un professeur d'université très connu qui se trouvait par hasard dans le bar ou j'ai chanté pour nos amis japonais, et qui nous a proposé de l'appeler si nous avions des questions sur l'histoire japonaise. Nous avons aussi rencontrer Marc Rigaudis, un autre professeur d'université, mais français cette fois-ci, qui a travaillé sur l'Ijime au japon. L'Ijime, c'est la persécution d'une personne par la groupe, qui conduit soit à la folie, soit au suicide. Nous avons rencontré du même coup toutes ses étudiantes japonaises, auprès de qui on a eut un succès fou ^^.

Les étudiantes du cours de français de Marc Rigaudis, à la Meiji University

Bref, j'en oublie certainement dans le lot, mais voyez que notre semaine n'a pas été de tout repos, et c'est vrai qu'entre profiter de ce qui nous arrivait et écrire, notre préférence est allé au premier choix. De plus, il faut que je vous le dise, nous avons été suivies par la chance depuis notre arrivée. Nous ne nous sommes pas perdues (à peine), nous n'avons rien perdu (à peine), nous avons attrapé tous nos bus en temps et en heure, nous trouvons toujours un gentil papi pour nous remettre sur le bon chemin quand nous sommes en retard, et perdues. Nous n'avons jusqu'ici pas eu de problème de langue (à peine), et chacune de nos interview était soit en français, soit en anglais, soit avec une traduction en direct, et les gens que nous avons rencontré sont formidables: n'est ce pas cela que l'on appelle la chance ? Ici, on dit RAKI !

Nous avons pris un bus de nuit jeudi soir pour Kyoto, et sommes arrivés hier matin. Pour moi, c'est un peu le creux de la vague, j'ai le coeur serré d'avoir quitté tout nos amis tokyoïtes, et je commence à appréhender un peu Hokkaido. Il faut qu'on revoit nos objectifs à la baisse, et qu'on change notre manière de faire nos reportages. Mes photos ne sont pas encore de très bonnes qualités, et Chloé a eu un peu de mal à trouver le temps de dessiner. Toutes les rencontres que nous faisons, ainsi que les choses nouvelles que nous apprenons tout les jours me font pas mal cogiter, et quand ça cogite dans la tête de Camille...

Mais une fois que nous aurons remis nos pendules à l'heure, l'aventure va reprendre, pas d'inquiétude. Le voyage a démarré, sur la route et dans nos cœurs.

Camille

Le samedi 11 juillet, sur le balcon d'une Guest house, à Kyoto.




Camille

dimanche 5 juillet 2009

Itadakimasu !!!

Lundi 6 juillet 2009, chez Mizuki, une amie de Yuka et Denis,

Je profite d'une matinée pour ouvrir une nouvelle rubrique: toutes les choses étranges, visqueuses, collantes, croquantes, sucrées, salé, épicées, piquantes, élastiques, fondantes, croustillantes, que nous avons mangés. Parfois nous avons les noms, parfois pas...donc je ferais de mon mieux !

A taaaaable !




Les Ramens 3 minutes. Alors que nous sommes au capsule hôtel (un genre de formule 1 japonais), le matin, nous achetons des ramens, auquels on ajoute de l'eau bien chaude, on ferme le couvercle, et 3 minute plus tard c'est près ! C'est salé, mais au moins ça tient à l'estomac. Et ce n'est pas mauvais !



Cela, c'est l'essai raté de fruits au p'tit dej'...de la gelée, avec ici ou la trois-quatre abricots qui se courent après, le tout arroser de purée de haricot rouge et de caramel...Mais bon, on excuse les japonais, c'était acheté à un 100yen, l'équivalent de tout à 2euros chez nous.




Mangeurs invétérés de poulet, tremblez ! Car voici une invention bien japonaise, qui révolutionne le milieu du dodu poulet. Ce sont des cartilages de poulet en brochette.C'est mou, mais ça craque quand même sous la dent... Avis mitigé pour Chloé. par contre moi, je songe à changer de pays :p





Ceci mes amis, c'est un plat typiquement ainou. A Tokyo, il existe un seul restaurant ainou où nous nous sommes rendus. Le propriétaire, un hommes plutôt caustique dans son genre, à dansé pour nous, et chanté. Il nous a même appris à jouer de la guimbarde ainou. Bref revenons à nos moutons...enfin ici ce serait plutôt au cerf. Nous qui ne sommes pas fans du gibier, sous cette forme le cerf est délicieux. Préparé un peu comme des sashimis, en très fines tranches,qui fondent sur la langue. Les mets de Hokkaido n'ont qu'a bien se tenir !





Le cliché qu'ont les français su les japonais (que j'avais aussi, je dois l'admettre), c'est l'existence d'une espèce de pudeur, de distinction dans laquelle ils se drapent, et qui accompagne chacune de leurs actions. Tout d'abord, cette pudeur n'est pas nationale, ensuite, s'il y a bien un moment où les japonais font tomber les masques, c'est pendant le repas. Sur cette photo, ce sont des sobas, des nouilles, servits froides, que l'on trempe dans de la sauce de sojas. Je peux vous assurer que ce n'est pas une opérations si facile. De plus, la règle de politesse avec la nourriture ici est la suivante: plus on mange vite, plus on fait du bruit vec la bouche, et plus on se brûle la langue, plus on montre que le repas est succulent, et croyez moi, ils respectent fidèlement cette règle !
Quant à nous, nous essayons de faire de notre mieux, mais nos " SLURP" sont encore bien ridicules comparés à ceux de nos amis japonais...on s'entraine !

Camille

jeudi 2 juillet 2009

Rencontre avec Maika au bord de la rivière Sumida


Maika. Une japonaise au visage plein, portant un petit chapeau, aimable, bien entendu…On rigole un peu de nos soucis de communication, son anglais étant des plus limités et mon japonais tout autant.

Soulagement quand surgit Sophie, franco japonaise qui va nous servir d’interprète, et Louise, son amie.
Le temps est lourd, le ciel gris, l’atmosphère humide, tropicale. Chaleur moite. Nous n’avons pas pu nous doucher depuis la veille en France, et je m’inquiètes d’imposer à Maika mon « odeur corporelle occidentale » qui parait il indispose les Japonais.

La rencontre se passe bien. Camille et moi posons à tour de rôle les questions, Sophie traduit après quelques instants d réflexion. Les réponses de Maika sont longues, riches et vivantes, et je regrette amèrement de ne pas mieux comprendre le japonais. La traduction de Sophie est synthétique et complète, mais c’est dommage de perdre le côté vivant, personnel de l’interview. Ca me fait très étrange d’être la spectatrice de l’échange entre Maika et Sophie, que Maika regarde Sophie quand elle répond, même si c’est bien normal.

Même si je sais que l’on va bien galérer, j’ai hâte de tenter les interviews en japonais. Et pour ça, je dois progresser, le plus vite possible!!
Chaque expression que je pourrais apprendre m’ouvre de plus grandes possibilités de communication. Je n’ai pas le choix, donc je vais vite m’améliorer… Il le faut! C’est pour ça que j’adore voyager: cette nécessité d’adaptation.

Maika nous a offert des CD de musiques, de contes ainu et de ses anciens spectacles. Notre propre omiage (les petits cadeaux qu’on offre quand on rencontre quelqu’un), une petite boite à musique, me semble bien futile face aux services qu’elle nous rend. Elle nous propose d’aller dans la préfecture de Chiba pour rencontrer un ainu avec qui nous essayerons le mode de vie de ce peuple. Génial! Il y a aussi un resto ainu à Tokyo dont on a récupéré l’adresse, et trois endroits nouveaux à Hokkaido pour faire nos recherches.

Mais qui est donc Maika? Elle écrit et joue un spectacle sur la personne qui a transcris en japonais la langue ainu et mis par écrit leur culture orale. Cette jeune fille exceptionnelle vivait au XIXème siècle et est morte à 19 ans. C’est donc d’abord son admiration pour cette figure d’écrivaine qui a poussé Maika à s’intéresser au peuple ainu. Leur cause étant l’une des plus grandes convictions de sa muse, elle s’est documentée à leur sujet puis est partie à leur rencontre à travers Hokkaido. Le contact n’a pas toujours été facile: elle-même consciente de la spoliation que les japonais firent subir aux Ainu, c’est avec une certaine culpabilité qu’elle s’st confrontée à leur méfiance. Pourquoi une japonaise s’intéresse-t-elle à eux? Est-ce à elle de défendre leur culture? Ne va-t-elle pas la changer en simple divertissement folklorique? Inquiétudes compréhensibles auxquelles nous risquons également d’être confrontées…

Si les japonais n’apprennent pas à connaitre et reconnaître la culture ainu, nous dit Maika, celle-ci n’a aucune chance de perdurer.
Aujourd’hui les Ainu vivent de la même façon que les japonais, et se réunissent de temps à autre pour maintenir une pratique de leurs coutumes: ils réapprennent leur langue, leurs chants et leurs danses…

Son expérience la plus forte a été une chasse au cerf, la même que les Ainu pratiquaient il y a des siècles, à l’arc. L’animal est tué, dépecé et mangé sur place, selon le rite. C’est une forme de partage qui a constitué pour elle une prise de conscience de la dépendance entre homme et nature. L’animisme, la croyance qu’il y a une dieu (kami pour les Japonais, kamui pour les Ainu) en chaque chose, se perd à chaque génération.

« Ma grand-mère me disais qu’il y a un kami dans chaque grain de riz, c’est pourquoi il ne faut pas en laisser un seul au fond du bol! »
De la même façon, la croyance en l’esprit du feu, très importante dans la culture ainu, poussais les grands-mères Ainu à adresser une prière au kamui du feu à chaque fois qu’elles allumaient le gaz!
Ces pratiques quotidienne n’ont plus guère lieu aujourd’hui, dans l’un ou l’autre de ces deux peuples. C’est à Hokkaido et Okinawa que l’animisme demeure le plus pratiqué.

Maika trouve cette régression regrettable, car une telle croyance permet d’accorder importance et attention à toute chose, même les plus simples et les plus humbles.
Sa démarche artistique vise sensibiliser les japonais à leur propre histoire, celle qu’ils n’apprennent pas dans les manuels scolaires, que ce soient les premiers écrits shintoïstes sur la création du monde par les dieux ou la colonisation et l’assimilation forcée du peuple ainu.


La discrimination a beaucoup diminué mais demeure une réalité dans les lieux habités par les Ainu.
Il y a quelques années, un CV montrant que la personne était Ainu n’avait quasiment aucune chance de donner accès à un travail. Les parents disent toujours à leurs enfants de ne pas jouer avec leurs camarades Ainu.
Mais ce qui prévaut et menace vraiment la culture ainu n’est pas le racisme: c’est l’ignorance. La plupart des jeunes japonais ne savent rien des Ainu, et ceux qui savent pensent qu’ils ont disparus. Nous avons pu le vérifier en discutant avec Nobu et Chiaki, nos amis japonais expatriés en France, avant notre départ. Nobu est originaire d’Hokkaido, et pourtant ils croyait que les Ainu n’existaient plus…

Derrière ce désintérêt, il y a forcément une certaine volonté politique: les Ainu sont à peine mentionnés dans les manuels scolaires, et cela fait juste un an qu’ils sont reconnus comme un des peuples originaire du Japon. Auparavant, on les considérait comme des immigrés, niant toute réalité historique.

Les japonais ont commis des exactions et n’ont pas l’intention de s’excuser, donc il vaut mieux que cette page peu glorieuse de l’histoire reste dans l’ombre, et que les Ainu s’éteignent en silence.
Même attitude que pour les massacres commis en Chine au cours de sa colonisation (notamment Nankin). Le Japon souffre manifestement de troubles de la mémoire dès qu’il est responsable du malheur des autres… Apprend-il de ses erreurs passées?


Le 1er juillet,
Chloé