mardi 14 juillet 2009

L'écho des bombes

Comme tout le monde j'ai entendu parler de la deuxième guerre mondiale. Par les livres d'histoire, par les romans, par les films et les documentaires, par les récits de proches. Pourtant, pourtant... j'ai le sentiment de ne rien en savoir. Nous avons été nourris dès l'enfance aux histoires héroïques des résistants, puis plus tard on nous a expliqué ce qu'avait été l'horreur indescriptible des camps. Ce n'est qu'au lycée que j'ai vraiment compris que la guerre n'avait pas seulement opposé la France et de nombreux anonymes.

Pourtant... ce sentiment qui nous prend aux tripes, qui nous a fait chavirer le coeur lorsque l'on découvre pour la première fois en image les charniers, et les os et la chair. Ce sentiment, je ne l'ai ressenti depuis qu'en de très rares occasions. Je peux me révolter lorsqu'on j'entend ce qui se passe dans le reste du monde, je peux se sentir honteuse, désespérée, hors de moi, mais le sentiment lié à la seconde guerre mondiale en France et en Europe pour moi est unique.


Et pourtant.


Pourtant, je découvre ici une autre facette de cette guerre. Nous n'avons pas l'habitude d'entendre parler de l'expérience de la guerre chez les opposants, hormis l'Allemagne. Cette guerre n'a pas seulement été la guerre des juifs. J'avais beau le savoir, connaître les faits, je n'avais encore jamais été directement confronté à eux. Il est si facile de se contenter de savoir.


Dans les loges, maquillage

Lors de nos premiers jours à Tokyo, Mizuki-san nous a invité a assister à la pièce dans laquelle elle joue en ce moment. Cette pièce s'intitule littéralement en français « Le club tokyoïte de la bombe A. ». Peu avant le levé de rideau Mizuki-san nous a fait traverser les coulisses, plongées dans la pénombre, et nous a conduit jusqu'au loges. Nous avons rencontré une grande partie des acteurs de la pièce: entre autre Kyo-san et Sôtaro-san que nous avons revus plusieurs fois après cette soirée là. Sôtaro-san, qui a passé cinq ans au Canada, et qui dans un anglais parfait, nous a expliqué avec un luxe de détails l'intrigue de la pièce. Nous avons écouté, sages comme des images, et assez captivées je dois l'avouer par le récit de Sôtaro-san.


Dans les loges, costumes

L'histoire se situe peu avant la deuxième guerre mondiale, dans une résidence à Tokyo, où vivent plusieurs personnes, venant d'horizons très différents. Parmi eux, trois scientifiques qui font des recherches en physique nucléaire. Sôtaro-san incarne l'un deux, et nous avons vite compris qu'il assurait un des rôle clef de la pièce. Autour d'eux évoluent d'autres protagonistes: un pianiste un peu avare, un alcoolique revêche, un jeune étudiant passionné de base-ball, une comédienne au métier indéterminé, qui change chaque matin de travail comme de chemise, et qui multiplie les apparences (jouée par Mizuki-san), l'intendant de la maison, et sa fille (jouée par Kyo-san). La pièce débute, alors que Sôtaro-san (je ne me rappelle pas du nom du personnage...) décide de quitter Tokyo, et la résidence. Il ne crois plus en ses études qui le dépassent, et ses théories semblent n'intéresser personne. Il reste pourtant, en apprenant de la bouche d'un des ses amis chercheurs que son travail est enfin reconnu dans son laboratoire. Toute la pièce se déroule dans cette unique résidence, où l'on voit évoluer les personnages au fil des ans, alors que la guerre approche, puis éclate, et enfin se termine. Elle mêle à la fois des moments très humoristiques, et d'autre lourds de signification.


Sôtaro a certainement un des rôle les plus dure à assumer. Sa position durant la pièce évolue, mais ses derniers mots seront quand même ceux d'un scientifique. Il ne regrette pas les recherches qu'il a fait et les conséquences que cela a engendré. Il reste un scientifique, et bien qu'il ai toujours sut que les recherches qu'il menait pouvaient avoir une telle ampleur dans l'horreur, il apprécie cette bombe pour ce qu'elle avait de révolutionnaire et ce qu'elle contenait de beauté et de complexité dans le monde de la physique. Des paroles très dures à entendre pour un public japonais (exclusivement féminin). Premièrement parce que beaucoup ignorent que des recherches ont bien été lancées pour produire la bombe atomique au Japon durant la deuxième guerre mondiale, et que les troupes ont été mobilisées le plus longtemps possible pour donner suffisamment de temps au chercheurs pour parvenir à leur but. But qu'il n'ont bien sûr pas réussi à atteindre. Deuxièmement parce qu'un tel discours sur les recherches nucléaires ne passe pas très bien auprès du seul pays qui a connu les effets meurtriers de cette foutue bombe.


Après la représentation une quinzaine de femmes patientent devant la sortie des loges. Calmes et polies comme toujours, elle attendent pour poser des questions aux comédiens. Nous ne saisissons pas bien leurs propos, mais plus tard dans la soirée on nous explique que l'une d'entre elles a raconté qu'elle avait connu, ainsi que ses parents, la chute de la bombe. Elle a été irradié, et a transmis à ses enfants les mêmes maladies qu'elle a développé après la catastrophe. Silence pesant dans la voiture alors que Sôtaro-san nous explique cela, tout le monde est encore un peu sous le choc. C'est souvent le cas nous dit-il que les gens aient besoin de s'exprimer après les représentations. Je trouve que leur pièce est exceptionnelle à plusieurs titres. Tout d'abord à titre informatif. La plupart ignorent que leur propre pays avait dans l'idée de lancer sur d'autres la même horreur qu'ils ont connus. Ensuite, quelle réussite si elle pousse les gens à en parler, surtout ici, dans ce pays où cacher son opinion est de rigueur. J'ai le coeur au bord des lèvres une bonne partie de la soirée.


Plus tard à Kyoto,


Alors que nous tentons de trouver l'office du tourisme dans la gigantesque gare de Kyoto, nous tombons sur une exposition temporaire sur Hiroshima. Dans la gare tintent les clochettes des Matsuri. Cette musique traditionnelle est destinée aux jours de fêtes, mais dans ce lieu, elle me semble bien funèbre. C'est une exposition de photos et de reproductions de peintures, accompagnées d'extraits de témoignages en japonais, traduit en anglais (merci pour nous). Boule au ventre, gorge serrée. Voilà le sentiment du charnier juif qui revient, ici au Japon, dans la gare au milieu des voyageurs pressés, avec cette musique inquiétante qui ne cesse de se répéter. Un corps d'enfant recroquevillé, calciné par la déflagration de la bombe. Comme seul commentaire: « Entendez vous la souffrance ? ». Voilà la France confondue dans la même horreur que le Japon et ses morts. Confondus dans l'horreur de la guerre.

Camille

11 commentaires:

  1. C'est étrange, nous parlons de la guerre et voila que vous allez voir cette pièce de théâtre et cette exposition.
    C'était vraiment prévu ou c'est un heureux concours de circonstances aidé par mes réactions de la veille ?

    Merci pour l'article :-)
    J'aurais vraiment aimé pouvoir voir cette pièce. (Ok, je suis pas une fille...) Mais mon intérêt pour ce sujet étant tel qu'il est, ça m'aurait vraiment plu :)
    Heureusement que vous êtes là :-)

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  2. C'est vrai que la guerre est un sujet penible et trés difficile à aborder , mais je trouve que c'est vraiment couragux de leur part d'avoir monté cette piece . Surtout en partageant avec le public un autre point de vue : celui du scientifique .
    J'auraiss aimé voir la piece elle doit etre incroyable , merci à vous d'avoir partagée cette experience , pour ma part je viens d'apprendre ertains aspects de cette guerre .

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  3. Hey Chloé !
    J'ai lu tout ton blog aujourd'hui, c'est vraiment génial d'avoir vos impressions et tout, apparemment tu es vraiment heureuse d'être là bas (sache que je te jalouse haha), enfin voilà, profite de ton voyage, je te souhaite de voir et de rencontrer encore beaucoup de personnes géniales, et voilà =)
    Bisous ^^

    (c'était Marine, hein)

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  4. Je n'ose même pas imaginer ce que vous avez vu dans cette exposition, ni les sentiments que vous avez du ressentir en la voyant, ainsi que la piece de théatre... je crois sincerement je je ne pourrais pas supporter ca en restant maitresse de moi même, je risquerai de me mettre dans un coin et de pleurer pour tous ces innocents morts...
    Néanmoins, je trouve effectivement qu'il est courageux de monter cette piece, dans ce pays, et l'impact que ca a du avoir sur les spectatrices a du etre important, bien que je ne puisse imaginer de quelle nature, car d'un coté, je n'ai vraiment rien dans mon vécu qui puisse me donner un bon ressenti par rapport a celui que peuvent avoir les japonais, et de l'autre, on se place du coté scientifique, et non du coté "humain", ce qui rends les choses peut etre plus dures... enfin, j'ai peur de m'etre mal expliquée, mais bon. ^^"

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  5. Pour rester dans le sujet il serait intéressant de lire le livre de Marguerite DURAS " Hiroshima mon amour" et pour mieux découvrir certains aspects de la culture japonaise, je viens de découvrir Amélie NOTHOMB dans le roman très personnel " Stupeur et tremblements" son expérience de travail dans une firme japonaise et.. je ne retrouve plus le titre son histoire d'amour avec un japonais..Dès demain j'aurai mis le titre en ligne.il est dommage que vous ne l'ayez pas lu avant de partir car vous auriez eu une idée plus juste du fonctionnement et des particularités japonaises. C'est bourré d'humour et d'amour.
    Avez-vous dégusté les poissons et les poulpes tellement frais qu'on les tue sous vos yeux, gage de fraîcheur ultime, et que les filets sautent quasiment dans la bouche...Je vous laisserai découvrir l'expérience du poulpe,unique , vécue par l'auteure.
    " Vous sentez le goût de la vie?"tanou

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  6. Titre du livre d'Amélie Nothomb: Ni d'Eve ni d'Adam.

    A quand la suite des aventures?

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  7. Camille et Chloe18 juillet 2009 à 20:09

    On a bien lu stupeur et tremblement avant de partir, histoire de nous donner une idee. Alors pour la suite des aventures, nous sommes a Sapporo, enfin a Hokkaido ! Nous avons pris le bateau deux jours, et nous avons rencontre une bandes de motards qui nous ont aide a trouve un auberge de jeunesse a Otaru (le port ou nous sommes arrive), parce que comme d'habitude j'avais pas tres bien calcule mon coup pour le jour de notre arrive. Bref. Ils etaient charmants. Je vous laisse imaginer nos tetes, avec un sourire bananes a la clef, quand nous sommes arrive a Otaru dans leur combi. Nous avons stoppe a un feux, ou il y avait un concert de vieux rocker japonais, avec chapeux de cowboys et lunette rayban. L'ambiance quoi !Aujourd'hui, notre premier jour de pluie. Pas une petite pluie, une bonne grosse rincee. Mais nous avons trouve sans probleme notre jolie petite auberge de jeunesse a Sapporo. JE VEUX UNE DOUCHE !(la pluie ce n'est definitivement pas suffisant).

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  8. Kokuho: en fait nous avions vu l'expo et la piece avant de debattre de ces sujets avec toi...
    Indira: Quels aspects de la guerre as tu decouverts?
    On va tenter de continuer a vous faire vivre nos experiences...
    Marine: Heureuse que tu suives nos aventures! Merci pour ton soutien, ca fait plaisir. Et sinon, toi qui est ma reference en termes de musique jap, que penses tu de Gackt? Je n'ai pas d'avis sur la question, on l'a juste vu a la tele et on a surtout vu ses fans faire la queue pour un concert, impressionnant.
    Morgane: non non, tu t'es tres bien exprimee. Je laisse Camille te repondre pour ce qui concerne son ressenti...
    Tan: Lucie aussi nous a conseille ni d'Eve ni d'Adam, il parait que sa relation avec son copain japonais est tres similaire... La pauvre!
    Ici il y a un marche au poisson ou on peut deguster des sushis extrement frais, je pense qu'on va tenter l'experience.

    Chloe

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  9. Si on vous propose un Ikezukuri refusez le par contre. Nos mentalités d'occidentaux un peu raffinés tout de même ne nous permettraient pas d'accepter ce genre de mets si "délicieux".

    L'ikezukuri est une manière de préparer le sashimi en prélevant la chair sur le poisson encore vivant. Ok, question fraicheur on est servi, mais question éthique, ça passera peut etre moins ^^'

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  10. Camille et Chloé20 juillet 2009 à 05:52

    Aujourd'hui, marché au poisson de Sapporo...Je crois que nous ne trouverons pas d'autre endroit sur terre où le sashimi est aussi bien préparé, et frais ! On ne les a pas vu préparer le poisson, mais c'était un délice, et quand c'est bon, on met l'éthique de côté. La nouveauté: les crevettes crues ! Après la première bouchée, on s'habitue, et on trouve même ce petit goût marin assez bon.

    Camille

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  11. Je connais Gackt, mais j'écoute pas énormément, en JMusic, c'est pas vraiment mon style (même si je trouve Hoshi no Suna magnifique) mais y'en a beaucoup qui aiment ^^

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Inspirez...Expirez...Inspirez...A vos claviers !